Mon petit super-héros, mon petit poids plume, mon bébé miracle…
24 semaines d’aménorrhée et 6 petits jours, 5 petits mois en moi, 860 grammes, 35 centimètres…
Si petit, si fragile mais si fort en même temps. Nous osions à peine te toucher. La première fois que je t’ai vu quand tu avais déjà deux jours, je t’ai caressé le pied, tu l’approchais de mon doigt. Deux aimants qui s’attiraient l’un l’autre. Je ne savais pas encore qu’il ne fallait pas te caresser car ta peau était tellement fine que c’était douloureux pour toi. Nous pouvions poser la main sur toi, te cocooner, exercer sur toi une pression rassurante, t’apporter la chaleur que tu ressentais dans mon ventre.

Cette toute première fois où je t’ai vu dans ta couveuse, deux jours après ta naissance. Je ne t’avais pas vu depuis l’accouchement, lors de ces quelques secondes tellement précieuses où je t’avais murmuré quelques mots et déposé un bisou sur le front.
Ce jour-là, je t’ai enfin revu. Tellement effrayée et intimidée par toutes ces machines, par ta toute petite taille, ta fragilité mais malgré tout heureuse d’être enfin à tes côtés, même pour un instant beaucoup trop court.
Je ne savais pas encore ce qui nous attendait, la difficulté des mois suivants, l’incertitude, l’ascenseur émotionnel… C’est l’expression utilisée pour nous préparer à la suite des événements. L’ascenseur émotionnel. Un terme bien choisi. Des hauts, des bas… des bas vraiment bas, des hauts dont on profite en redoutant le bas qui suivra forcément. Des émotions insoupçonnées. Mais également une force dont je ne soupçonnais pas l’existence. Je ne me pensais pas aussi forte. Je ne me pensais pas capable de t’aider à affronter toutes ces épreuves. Mais surtout, jamais je n’aurai imaginé qu’un être si petit, qu’un petit super-héros de moins d’un kilo pouvait être aussi fort. Pouvait supporter autant de choses en étant si petit, pouvait se battre et vivre en naissant aussi tôt. Je connaissais à peine ce mot, Prématurité, je ne savais pas qu’on pouvait naître aussi tôt, ne passer que cinq petits mois bien au chaud.
Quand tu nous agrippais le doigt et que tu le serrais si fort de ta toute petite main, tu nous montrais à quel point tu pouvais être fort. Tu cherchais le contact et t’y accrochais de toutes tes forces.
Mon Thibault, mon petit Lion, ma petite force tranquille. Je t’aime.



